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Jocelyne et Gilbert : une famille unie par le voyage

Actualisé le 14 mars 2019

En janvier 2017, Jocelyne nous a écrit un témoignage qui nous a profondément touché. Fervents de voyage, c’est toujours avec leurs enfants qu’ils ont pris la route et ce, à une époque pas si lointaine où voyager en famille à l’étranger n’était pas habituel. Maintenant parents de grands enfants (Renaud, 32 ans et Élianne, 29 ans), ils mesurent les bénéfices apportés par les voyages avec leurs enfants. Pour en savoir plus, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Jocelyne Parent et son conjoint  Gilbert Dionne. Portrait de deux précurseurs du voyage en famille.

Votre passion pour le voyage a-t-elle toujours été présente?

J’ai fait mon premier voyage à 18 ans. J’avais travaillé à temps partiel pendant 1 an afin de ramasser les sous pour partir seule, sac au dos, pour 3 mois en Europe. Je ne sais pas trop d’où m’est venu ce besoin irrésistible de partir, de voyager, de découvrir d’autres mondes. Avec mes parents, nous ne sommes jamais allés plus loin que le chalet d’un oncle à La Minerve. Mon premier amoureux avait fait un voyage en Europe, cela m’a sûrement influencé, et à l’été 1976, la rencontre avec des jeunes Français venus assister aux Jeux Olympiques m’a décidée et je suis partie l’été suivant pour les retrouver et visiter aussi la famille d’un oncle par alliance qui venait de Bretagne.

Depuis ce temps, je n’ai jamais cessé de voyager, quand j’ai rencontré Gilbert, mon conjoint, nous sommes partis 4 mois en campeur Volks faire le tour du Mexique. Nous y avons eu notre lot d’aventures mais il a eu aussi la piqûre et depuis nous continuons de voyager, cela a été et demeure une de nos priorités malgré des revenus tout à fait dans la moyenne.

Caroline du Sud en famille

Renaud 3 mois, Caroline du Sud © Jocelyne Parent

Que pensez-vous de la phrase « Il faut être riche pour voyager en famille. »?

Plusieurs de nos amis nous ont souvent demandé comment on faisait pour se payer des voyages, je leur faisais remarquer alors que tous nos meubles étaient de seconde main et que mes enfants étaient habillés à l’Aubainerie !

La première chose que je fais en revenant chez moi, c’est toujours de planifier le prochain voyage !

Voyager en famille dans les années 80 et 90 se faisait plutôt rarement au Québec. quelle était votre réalité à cette époque?

Nous avons eu notre lot de regards pour le moins dubitatifs ou parfois même plutôt hostiles de la part d’autres voyageurs. Je dois avouer qu’il m’est arrivé de donner un peu de Gravol à ma fille quand elle était bébé (et pas mal braillarde) afin d’assurer un certain calme dans l’avion. Nous ne sentions pas non plus que nous pourrions avoir de l’aide au besoin.

Je me rappelle d’une fois, le vol que nous devions prendre pour rentrer du Venezuela était retardé et tous les passagers étaient réunis dans une salle. J’allaitais ma fille de 6 mois et il a fallu que je m’assois par terre pour le faire, les places sur les bancs étaient prises et personne ne s’est levé pour m’offrir une place!

Venezuela 1989

Élianne 6 mois et Renaud 3 ans, Venezuela 1989 © Jocelyne Parent

Par contre nous avons également de bons souvenirs. Par exemple,  il nous arrivé de rencontrer d’autres voyageurs avec enfants et nous avons pu alors profiter de moments ensemble où les enfants jouaient et les parents jasaient. Au Costa Rica, nous étions voisins d’un jeune couple de Seattle et nous nous sommes échangés du gardiennage pour les enfants afin de profiter d’un souper de couple au resto.

Costa Rica en famille

Elianne 3 ans, Renaud 5 ans, Costa Rica 1992 © Jocelyne Parent

Quel type de voyages avez-vous privilégié avec vos enfants lorsqu’ils étaient jeunes?

Nous n’avons pas fait de très longs voyages, habituellement 3 ou 4 semaines et à peu près jamais dans des tout-inclus. Nous privilégions aussi les voyages « lents », dans le sens que nous ne cherchons pas à faire le plus de distance possible ni à voir le plus de choses possibles. Nous aimons passer plusieurs jours, voir une semaine à chaque endroit.

Mon conjoint est paysagiste, il est donc libre seulement pendant l’hiver et moi, je suis infirmière et comme je n’ai jamais eu de congés en même temps que les enfants quand ils étaient d’âge scolaire, nous leur avons fait manquer un peu d’école. Comme ils n’avaient aucun problème d’apprentissage, cela ne leur a causé aucun problème. Même qu’en 1998, lors de la crise du verglas, nous étions partis 1 mois en Floride et quand nous sommes revenus, ils étaient en avance sur le programme puisque nous avions fait les devoirs donnés par les professeurs et que les écoles avaient été fermées plusieurs jours.

La plupart du temps, je réservais un hôtel surtout pour les premiers jours, je pense que c’était par téléphone car nous n’avions pas encore d’internet à cette époque. Il nous est arrivé à plusieurs reprises de louer une voiture et nous avons alors voyagé, visiter des sites comme des ruines mayas, des grottes ou autres et pris des hôtels sur place, toujours des endroits simples, rien de luxueux.

Nos enfants ont toujours mangé de tout, de la nourriture locale, nous n’avons jamais fait de repas spéciaux pour eux. Nous avons juste pris quelques précautions d’hygiène de base.

Floride 1992 © Jocelyne Parent

Quels ont été les plus grands bénéfices de voyager en famille pour vos enfants?

Ces voyages ont contribué à garder nos enfants proches un de l’autre et j’ai même dit un jour à une jeune étudiante en éducation qui me faisait remarquer que « les parents n’accordent pas assez la priorité à l’école, ils font manquer leurs enfants et cela ne devrait pas être permis » qu’avant l’école, la priorité c’était la famille mais que je considérais que ce n’était pas du tout incompatible.

Je suis convaincue que ces voyages, c’était comme mettre en banque une réserve de temps précieux en famille, hors de la routine et du tourbillon du quotidien et cela a grandement favorisé notre intimité et celle de nos enfants entre eux aussi. Au point que lors de l’accident de notre fille en 2007 (traumatisme crânien sévère, elle avait 18 ans), son frère est revenu de voyage pour nous aider lors de sa réadaptation. Je ne connais pas beaucoup de gars de 20 ans qui change la couche de sa sœur sans problème et je sais que je dois cela à tous ces moments privilégiés que nous avons passé ensemble toute la famille.

Mali en famille

Élianne au Mali à 17 ans, dernier voyage avant l’accident. © Jocelyne Parent

Et à l’adolescence, vos enfants vous ont toujours suivi ?

Nous avons poursuivi notre tradition de voyage familial même pendant leur adolescence et ils ont toujours été partants même à cet âge plus difficile. La piqûre, ils l’avaient. En 2004, le chroniqueur voyage de La Presse avait même consacré un article à notre voyage au Honduras, épaté qu’il était par le fait que notre fils de 17 ans et notre fille de 14 ans étaient enchantés de voyager avec papa-maman!

C’est sûr que nous avons adapté un peu nos choix de destinations ou d’activités pour leur plaire, comme par exemple dans un tout-compris à Cuba, nous avons pris, ce que nous ne faisons pas habituellement, une excursion à bords de petits bateaux à moteur qu’on pilotait nous-mêmes et une excursion en catamaran, idem au Honduras pour une sortie en rafting et autres activités dont personnellement je me passerais volontiers.

Honduras en famille

Honduras 2014 © Jocelyne Parent

Vos enfants sont rendus adultes, poursuivent-ils leurs rêves de voyage ?

Notre fils a continué de son côté à parcourir le monde de façon régulière, nous aussi, et ma fille l’aurait aussi fait, j’en suis persuadée, si la vie n’avait pas un peu coupé ses ailes. Elle ne peut plus voyager seule (plusieurs séquelles physiques et cognitives) mais nous continuons à faire des voyages en famille.

En 2011 nous sommes allés avec notre fille rejoindre notre fils et sa copine qui vagabondaient entre l’Équateur et la Bolivie et avons passé 3 semaines avec eux au Pérou. Après l’accident d’Élianne, nous aurions pu tout arrêter car disons que c’est un peu plus compliqué. Mais, c’est trop important, alors nous avons juste adapté nos destinations et choisissons des endroits appropriés à ses limitations, et je dois confesser que comme nous vieillissons un peu (65 et 60 ans), cela nous arrange de devoir organiser un peu plus de « luxe ».

Aussi, si nous désirons visiter certaines choses en particulier, nous favorisons les sorties avec un guide privé plutôt qu’en groupe afin de respecter sa vitesse qui peut rendre d’autres voyageurs impatients. Disons que c’est souvent une caractéristique des voyageurs, le peu de tolérance aux autres.

San Augustinillo et Oaxaca, Mexique 2018 © Jocelyne Parent

et les efforts en valent-ils toujours la chandelle?

En 2015, nous sommes partis pour 6 semaines tous les 4 au Vietnam, une si belle occasion de nous retrouver tous ensemble. J’avoue que ce voyage me tentait fortement, je voulais profiter que j’avais pris un congé sans solde d’un an afin d’aider ma fille à s’installer dans son propre appartement à Montréal, le « timing » était donc bon pour disposer d’autant de temps, indispensable selon moi pour un voyage en Asie. Cependant, après plusieurs mois de travaux au duplex de ma fille, et toute l’organisation pour son déménagement et sa nouvelle vie, j’étais littéralement brûlée, tellement que j’ai fait un zona.

Je me disais que je n’avais pas assez d’énergie pour organiser en plus un voyage. Et les finances étaient aussi assez basses. Mais la pensée de manquer cette occasion qui ne repasserait sans doute pas, mon fils étant en Uruguay à ce moment mais se disait disponible et intéressé à nous accompagner au Vietnam, j’ai repris quelques forces et ai fait le minimum nécessaire (réservations pour l’avion et 4 nuits à Hanoi) pour que nous puissions partir. Et sur place, c’est mon conjoint et mon fils qui se sont occupés de faire quelques lectures pour nous guider et il fût facile de faire des réservations par internet. Vraiment un beau voyage.

Dans les épreuves, ce qui nous reste, ce sont ces moments, ces souvenirs que personne ne peut nous prendre. À chaque voyage, je me dis que si je ne peux plus partir, pour toutes sortes de raisons, je serai satisfaite de ce que j’ai fait jusqu’ici.

Vietnam en famille

Vietnam 2015 © Jocelyne Parent

Quelle est la plus grande richesse que vous avez transmise à vos enfants ?

La plus grande richesse que nous avons donné à nos enfants est le goût du voyage, l’ouverture aux autres cultures et bien sûr, l’appétit pour toutes les découvertes culinaires.

Voyage en famille

Floride 1992 © Jocelyne Parent

Que diriez-vous à une jeune famille qui a des craintes de voyager en famille pour les encourager en 2019?

Je lui dirai de ne pas lire les anecdotes dont je vous fais part ici!!! Sans blague, je leur dirais de se faire confiance et de commencer par choisir une destination moins exotique, histoire de voir comment toute la famille s’adapte au fait de voyager ensemble. Cela signifie souvent du 24h/24 dans un espace réduit (chambre d’hôtel ou transports), beaucoup de proximité.

Partir pour une courte période au début. Et d’y aller selon ce que cela leur tente à eux d’abord tout en adaptant le choix des activités aux enfants. Idéalement, il faut que les enfants puissent avoir des périodes de jeux libres. C’est peut-être un peu plus compliqué maintenant de sortir les enfants de leurs écrans?

Pérou en famille

Pérou 2011 © Jocelyne Parent